Le cinéma ou rien

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Résumé

Préface du Général Bruno DARY

Quand, pour la première fois, j’ai rencontré Cheyenne, il m’est immédiatement venu à l’esprit cette phrase, que l’on prête à Alain : « Si le monde avance, c’est par ses extrêmes ! Et ce qui lui permet de durer, ce sont tous les autres ! ». Je ne lui ferais pas l’affront de préciser que Cheyenne se situe, naturellement, culturellement, délibérément, fièrement et certainement définitivement, dans la première catégorie, celle des Ultras, et c’est pour cette raison que je n’ai pas longtemps hésité à lui donner mon accord, lorsqu’elle me demanda de préfacer son premier livre.

Cheyenne se situe parmi les Ultras, d’abord pour son courage, ou plutôt pour sa hardiesse ; elle le reconnaît elle-même qu’être cinéaste, c’est d’abord être un « bagarreur » ; car mener un film à son terme nécessite de se battre d’abord contre soi-même, puis contre les arcanes administratives et même parfois contre les acteurs choisis et même contre ses propres techniciens ! Cheyenne est elle-même une Ultra, par son parcours personnel, à la fois chaotique, douloureux, puis religieux ; ce passé complexe explique son regard empli d’humanité, quand elle écrit ses scénarios ou quand elle tient sa caméra ; elle reconnaît elle-même qu’avec un tant soit peu d’humanisme et avec l’éclairage que lui apporte sa foi, il est possible de s’emparer de n’importe quel sujet.

Cheyenne est fière d’être une Ultra par son style direct, une force de caractère hors norme et sa persévérance, pour ne pas dire son entêtement ; sa volonté l’amène ainsi à citer Nietzsche, quand elle doit gravir une montagne : « Monte et n’y pense pas ! ». Ainsi, à chacun de nos rendez-vous ou de nos échanges, je me demande systématiquement : « Mon Dieu, qu’est-ce qu’elle va encore nous inventer ? »

Peut-être même de façon inconsciente, Cheyenne reste une Ultra, dans sa recherche de la vérité et son refus du faux-semblant ; elle sait que dans le cinéma, « tout se vole », ou du moins, qu’il s’agit avant tout de paraître ; mais là aussi, le mensonge dans lequel elle a vécu avec sa mère naturelle au cours de son enfance et même plus tard, l’a rendue excessivement sensible, pour bannir ce qui est faux, rechercher en permanence et avant tout la simplicité, ou plutôt, comme elle l’écrit, « une vérité mise en valeur dans une esthétique ».

Enfin, Cheyenne devrait rester durablement une Ultra, sans jamais rejoindre tous les autres ; son amour pour la Légion étrangère traduit ce désir fort de se situer en dehors des sentiers battus ; son parcours douloureux, sa soif d’absolu, son regard, à la fois détaché de la société et compatissant sur les cas particuliers et complexes, explique certainement cet attachement naturel et profond à la Légion.

Espérons qu’en dépit d’une certaine lassitude, Cheyenne poursuive sa vocation de cinéaste hors normes. Ils sont trop peu nombreux les cinéastes qui osent filmer des hommes et des femmes, en quête d’identité, en recherche de sens, ou désabusés autant par le conformisme ambiant que par la violence quotidienne ; des hommes et des femmes, parfois fanatiques, souvent exclus, toujours confrontés à un monde qui se dit libéral, mais qui est en réalité profondément impitoyable. Elle apporte son regard et une réponse inattendue, anticonformiste, humaine, interrogative pour ne pas dire paradoxale et qui renvoie chacun à ses propres certitudes ou à ses contradictions intimes.

Puisse-t-elle continuer longtemps à nous bousculer ainsi…

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